Christian Messier

9 novembre – 21 décembre / November 9 – December 21, 2013

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La Galerie Laroche/Joncas est heureuse de présenter Tourette, une série de tableaux de nus de l’artiste montréalais Christian Messier. Bien connu pour son travail en performance souvent risqué où il explore avec une sensibilité directe et aiguë la perception de l’expérience et de la sensation du corps, maintenant transposée dans un autre médium. Il continue donc à questionner la représentation du corps dans ses nouvelles huiles sur canevas.

Le titre Tourette est inspiré d’une chanson du célèbre chanteur Kurt Cobain ‘Tourette’s’, une référence qui implique des connotations noires et douloureuses, étant donné le leg de Cobain ainsi que la définition du syndrome de Tourette (un trouble neurologique héréditaire caractérisé par des tics imprévisibles qui sont moteurs et vocaux). Mais une visite rapide à n’importe quel forum dédié aux paroles du groupe de Cobain, Nirvana, démontre que les paroles de la chanson Tourette’s demeurent un sujet de confusion et de dispute parmi ses fans les plus ardus. Certains affirment qu’il n’y a simplement pas de mots dans cette chanson, simplement le cri primal associé à Cobain, poussé à ses limites.

En d’autres mots, la force d’expression de Cobain dans ‘Tourette’s’ n’était pas dans les paroles mais dans le son de sa voix. Similairement, celle de Messier est dans son coup de pinceau vigoureux, lui permettant d’atteindre contrastes tonaux et couleurs intenses à partir de ses formes humaines, de ses figures et des paysages qu’elles occupent. La vitesse que cette lancée créative occupe, est d’une importance primordiale pour l’artiste, ce dernier pouvant produire un tableau dans une seule soirée. Il semble que pour les deux artistes, le terme Tourette articule une impulsion créatrice primale qui n’est pas refroidie par la raison ou un contenu préconçu. C’est une espèce de ‘transe’ passagère, extérieure à l’égo et qui refuse tout contrôle du résultat.

Le nu a eu une longue carrière dans la production et l’histoire de l’art, mais Messier ne se réclame d’aucune école ou discours convenu avec ses contemporains. Sa décision de peindre des nus- plusieurs sont basés à partir de clichés trouvés- est encore une fois plus intuitive que réfléchie. ‘Empruntant’ cette stratégie de l’abandon pour le plaisir de peindre la peau humaine, c’est devenu le moyen visible pour l’artiste de décrire une sorte de conscience de l’abandon de la part des personnages. Le sujet de cette série de tableaux est précisément le nudisme dans un décor idyllique. En tant que choix de style de vie basé sur une certaine philosophie concernant la relation des gens avec la nature, le nudisme est relativement marginal à la culture dominante. Les diverses configurations sociales représentées dans les œuvres de Messier impliquent non seulement les subjectivités individuelles, mais aussi les complexes contingences intersubjectives. Dans chaque incarnation de Tourette, la peau est joyeusement exposée au soleil et à l’air ambiant- ainsi qu’au regard des autres. (Le ‘regard’ de la caméra est impliqué ici, dédoublant la signification de ‘l’exposition’.) Ce qui donne une certaine sensation que nous pouvons tous imaginer provoquant un léger inconfort.

Une certaine forme de liberté est pratiquée ici, mais elle n’est pas totale et jamais sans danger. Les cris primaux en art ne sont pas toujours entendus ou bien compris. Vulnérable, la peau blanche est souvent trop douce, risquant d’être déchiquetée par les interactions en dents de scie qui se présentent soit dans la nature ou bien dans la vie sociale. Dans cette lumière, le sentiment général de jeux qui se dégage de l’attitude créatrice de Messier et des sujets qu’il a choisi de peindre devient plus méthaphorique et complexe. Tourette commence à parler du précipice de la vie, risqué et apprécié avec et dans le corps même. En fait, les supposées choses simples- le désir créatif, le nu humain dans le paysage- créent un moment à la fois évocateur et paradoxal. Ces œuvres regorgent de plaisirs, mais elles nous demandent en même temps de nous poser des questions : à propos des relations irréconciliables entre le plaisir et sa survie, entre le jeu et le danger, entre la nature et la culture.

— English —

Laroche-Joncas Gallery is very pleased to present Tourette, a series of paintings of nudes by Montreal artist Christian Messier. Equally prolific and accomplished as a performance artist, Messier brings his acute and direct understanding of bodily sensation, experience and risk to these eleven vibrant works, in oil on canvas.

The title Tourette derives from Kurt Cobain’s song “Tourette’s,” a reference that could certainly imply darker or painful connotations, given Cobain’s legacy and the definition of Tourette Syndrome itself (a neuropsychiatric disorder that causes unpredictable muscular movements and speech). But, as a quick visit to any online forum devoted to Nirvana song lyrics will demonstrate, the lyrics of “Tourette’s” remain a point of confusion and dispute even to ardent fans. Some even claim that there are no words at all, just Cobain’s signature primal scream, pushed beyond its limit. In other words, the force of Cobain’s expression in “Tourette’s” was not in the lyrics but in the sound of his voice. Analogously, that of Messier is the active brushwork, striking tonal contrasts and intense colours of his human forms and faces, and the landscapes they occupy. Equally important for the painter is the speed that this energetic drive confers: often he will produce a painting in a single evening. It seems that for both artists, the term articulates a primal creative impulse not beholden to the dampening effect of reason or pre-conceived meaning or content. It is something that puts one, however momentarily, outside of oneself, relinquishing control of outcomes.

The nude has enjoyed a long and storied career in the production and history of art, yet Messier claims no such lineage or intended discourse with his contemporary figures. The decision to paint nudes—many based on found snapshots—was again more intuitive than strategic. Having “borrowed” this trope, rather, for the pleasure of rendering flesh with paint, it has also become the visible means of describing a kind of consciousness of abandon or exposure that may be felt by the viewer in their own body and memory.

The subject matter is, more accurately, nudists, pictured outdoors in the landscape. As a lifestyle choice based on a certain philosophy concerning the relation of people and nature, the “nudist” is already marginal to dominant culture. Further, the various social configurations represented in Messier’s works imply not just individual subjectivities, but the complex contingencies of intersubjectivity. In each incarnation of Tourette, flesh is vividly, playfully and bravely exposed to sun and outdoor air—and to other people. (Moreover, a camera is implied here, effectively doubling the meaning of “exposure.”)That gives a certain feeling that everyone can imagine. It could evoke a sensation of being slightly uncomfortable, in fact.

To be sure, a certain kind of freedom is being practiced, but it is not total, and never without danger. Primal screams in art are sometimes not heard or understood. Vulnerable, white skin is sometimes too soft for the jagged edges that occur both in nature and in social interactions.
In this light, the general sense of play conveyed by both Messier’s creative attitude and the subjects he has chosen to paint is rendered more dimensional and complex. Tourette begins to speak about the edge of life, both risked and enjoyed in and through the body.

Indeed, the supposedly simplest things—the creative urge, the nude human in the landscape—create at the same time a richly evocative, even paradoxical moment. These works abound with pleasure, but they dare us to ask questions also: about the often- irreconcilable relationships between leisure and survival, play and danger, and nature and culture.