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LAROCHE/JONCAS

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Jean-Philippe Harvey - These Things Take Time. 17 Novembre7 - 24 Décembre, 2011

Ces choses que l’on crée

Peindre est une fiction que l’on recommence sans cesse. Peut-on devenir plusieurs peintres à la fois? La peinture débute en atelier, dans ce que l’on laisse derrière soi, parfois inachevable. Ne faut-il pas d’abord avancer à travers ce que l’on s’imagine interdit? Le travail de l’artiste confronte un corps en mouvement. Des toiles au sol, sur les murs, dans un espace en désordre, s’accumulent. Il y a sur ces tableaux : des gestes, des doutes, des paradoxes, des bruits de combats avec soi-même, un désir de reprendre depuis le début, de n’avoir aucune crainte et, surtout, de ne faire qu’un avec l’environnement immédiat.

Le figuratif est une autre parole venue de l’abstrait. La toile peut contenir ce que le regard et la mémoire s’échangent. On retrouve donc nécessairement des ratures, des lignes, quelques dessins approximatifs et, pourquoi pas, aucune délimitation franche. Un soir, j’ai observé les œuvres de Jean-Philippe Harvey comme on écoute les pièces d’un album. Cela dure environ 40 minutes. Tout s’enchevêtre ; effets minimaux, craquements omniprésents, textures à peine audible, un futur inouï. Ses toiles contiennent de l’espace, une réflexion en cours, jamais stable, toujours prête à se redéfinir, des codes gribouillées, de la pornographie peut-être, mais il faut prendre le temps nécessaire.

Je ne suis pas certain de vouloir dire la vérité. Comme l’écrit Ariana Reines dans The Cow, «It is not easy to be honest because it is impossible to be complete». Cette peinture exprime des choses manifestement inadmissibles et douteuses, parfois un appel à l’autodérision sincère. Certaines toiles sont plus prosaïques que d’autres. Il fait référence à Morrissey, Lautréamont ou Bonnard. Jean-Philippe Harvey a-t-il lu Elle, par bonheur et toujours nue de Guy Goffette? «Bonnard n’a eu qu’un tort, c’est de persister à devenir lui-même, à n’être que soi, mais totalement ; de dire à haute voix ce que la plupart n’osent plus penser : que le bonheur existe, et l’amour et la beauté, que ce n’est ni d’avant ni d’arrière garde, et qu’il est sacrément bon de ne chercher que cela. Au fond de soi. Tout au fond». Comment capter chez l’autre son propre reflet?

Je n’ai pas vu l’exposition et je ne la verrai peut-être pas. Il existe pourtant une histoire derrière cette série de tableaux. J’en suis certain. Je me rappelle des tâches d’acrylique, d’huile, des dizaines d’agrafes sur le tapis d’un atelier pêle-mêle, des pinceaux, un rouleau et de la peinture verte, là où repose deux grandes toiles qui sont l’envers, ainsi que l’endroit d’une même pratique radicale. J’imagine l’artiste qui rêve à une toile plus noire que noir.

David Cantin (octobre 2011)
 
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