19 février – 26 mars, 2011
La galerie Laroche/Joncas est heureuse de présenter l’exposition collective « Compossibilité (s) » réunissant le travail de cinq jeunes artistes prometteurs : Francis Arguin, Guillaume Clermont, Jean-Philippe Harvey, Étienne Lafrance et Marc-Antoine K. Phaneuf. Pour cette occasion, le commissaire invité, Paul Brunet, a convié les artistes à explorer la notion de compossibilité telle que développée par Leibniz, afin de créer une série d’œuvres qui illustre les liens et interactions possibles entre divers fragments d’une œuvre d’art.
L’art est, a priori, un monde en soi. Quoique calquée à plusieurs niveaux sur le monde réel, l’œuvre d’art apparaît comme une réalité singulière qui a ses propres conventions et possibilités. Elle nous renvoie un monde redéfini, reconstruit, nous proposant des nouvelles réalités possibles. Lorsque deux de ces projets de nouvelles configurations sont concrètement possibles simultanément, ils sont dits compossibles. Cette notion philosophique, appliquée dans la sphère de réflexion de l’art contemporain, est porteuse d’un tout nouveau sens, élargissant les ‘possibles’ d’une œuvre d’art.
Dans l’exposition « Compossibilité (s) », les artistes ont été invités à réfléchir sur la notion de compossibilité dans le contexte de leur production artistique. Cette notion ouvre de multiples pistes de recherche à des œuvres très diversifiées, inscrites dans différents courants de l’art contemporain.
Francis Arguin propose « une sélection d'objets récents et plus anciens, provenant de séries abondantes ». Fonctionnant comme une sorte de lexique, l'ensemble est constitué d'unités qui peuvent à la fois se lire comme un tout ou comme une collection de fragments plus ou moins autonomes. Évoquant plus ou moins directement une variété d’objets de consommation, cet univers, où la représentation semble être un prétexte au faire, se présente comme une sorte d'équivalent bricolé et factice du réel.
Pour sa part, Guillaume Clermont nous présente des œuvres de sa surprenante série « Les Fontaines ». « Ces œuvres questionnent entre autres la fragilité de la vie grâce à une stratégie en apparence bien banale: contenir de l’eau dans des boîtes en carton. Ainsi, face à cette situation improbable (une boîte en carton remplie d’eau!), le spectateur n’a d’autre choix que de se poser une question toute simple, mais inévitable: comment l’eau peut-elle être contenue dans la boîte? Même si la réponse semble évidente (il y a une astuce!), la question elle-même n‘a pourtant pas tant d’importance, le vrai problème pour le spectateur se situe ailleurs: l’inévitable détournement de fonction de la boîte. « On se retrouve devant la fragilité et la nature éphémère d’une beauté improbable ». En dialogue avec ses œuvres sculpturales, Guillaume Clermont propose également quelques tableaux dont le motif principal est une représentation du crâne tiré du Diptyque Carondelet de Jan Gossaert, peintre flamand du XVIe siècle. Même « s'il s'agit toujours du même motif (un crâne à la mâchoire disloquée), celui-ci possède plusieurs variations. Ainsi, même si l'on croit reconnaître le même crâne à chaque fois (ce qui n'est pas complètement faux), chaque crâne peint n'est jamais tout à fait pareil. »
Jean-Philippe Harvey nous présente une série d’œuvres qui lui serait apparue alors qu’il était assis dans des toilettes publiques, écoutant du rap et lisant sur l’expressionnisme abstrait. Harvey traduit cette vision en accumulant des tâches de spray, des éclaboussures de peinture, des symboles griffonnés et en imprimant sur la toile brute des résidus de l’atelier. Ces marques deviennent pour l’artiste un langage qui lui permet d’exprimer le chaos généré par l’expression personnelle sous sa forme la plus brute, exacerbée par la liberté de l’anonymat. «Fuck dat pussy», «Lil’ B», «Jeunes vierges», «Drapeau» et «Argent» sont des questionnements sur l’utilisation des symboles pour exprimer son identité, dans un contexte où les barrières conscientes n’ont plus de poids.
Étienne Lafrance poursuit son travail pictural, où il construit des œuvres singulières « à partir d’une technique de fragmentation: une accumulation de miettes de papier peintes individuellement et marouflées sur toile. Le résultat crée une impression de désordre, voir une sorte de mosaïque à la limite du tremblement ». L’artiste pose un regard critique sur le rapport de contrôle que l’homme entretient avec son environnement. Voguant entre visions et cauchemars, les scènes présentées dans ses tableaux se révèlent comme de courtes histoires improbables, qui oscillent constamment entre comédie et tragédie. Pour « Compossibilité(s) », il présente deux œuvres qui nous proposent « deux positions sur notre manière d’appréhender la nature ».
Marc-Antoine K. Phaneuf a choisi, quant à lui, d’exposer des œuvres choisies de sa collection d’« Assiettes Hawaiiennes » Trois assiettes hawaiiennes de différentes tailles, mais arborant le même dessin, cassées par l’artiste à l’aide d’un marteau et recollées en interchangeant les morceaux d’une assiette à l’autre; trois morceaux uniques en résultent, mais qui sont liées l'un à l'autre ». Pour le contexte de l’exposition, il envahira aussi un pan de mur de la galerie avec son oeuvre « Vieux buffet » qui est une collection d’une centaine de livres de cuisine des années 1970 et 1980 « dans lesquels les repas photographiés n’ont pas l’air appétissants » et « dont la nature est étrange, de par ses thèmes ou de par son aspect général ». « Ces livres ont une valeur anthropologique par leur statut d’objet daté et par les photographies désuètes et le texte qu’ils contiennent. Chaque livre fonctionne à la fois comme une photo et une amorce de narration, selon la promesse que nous fait chacun des ouvrages. »
FRANCIS ARGUIN
Originaire de Rouyn-Noranda, Francis Arguin vit aujourd’hui à Québec. Il détient un baccalauréat en arts plastiques et un autre en communication graphique, tous deux de l’Université Laval. Il a présenté plusieurs expositions au Québec (l'Œil de Poisson, Regart, Caravansérail, L’Écart, Espace Virtuel, etc.), ainsi qu’au centre Walden Affairs à La Haye (Pays-Bas). Ses performances ont été présentées dans plusieurs villes au Québec, aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Europe ainsi qu’en Asie.
GUILLAUME CLERMONT
Guillaume Clermont vit et travaille à Montréal. Après des études à l’Université Laval ainsi qu’à l’École Supérieure des Beaux-Arts de Marseille, son travail a été présenté à Montréal (Circa, Galerie Ethecae), à Québec (Pan! Peinture 2, Non Maison 2), à Varsovie (Supermarket Sztuki IV/2 (im)mortal love international biennial) et à Moscou (Qui Vive? 2nd Moscow International Biennale for Young Art). En 2008, il effectuait une résidence à Paris dans le cadre des Résidences Croisées France/Québec organisées par Quartier Éphémère. L’an prochain, son travail sera présenté à la Galerie Glendon de l’Université York à Toronto.
JEAN-PHILIPPE HARVEY
Jean-Philippe Harvey est né en 1984. Il aime, entre autres, Gucci Mane, Lil’ B, Eazy-E et le magazine Hip-Hop Weekly. Il a exposé au Canada et aux États-Unis. Il présentera en mai 2011 sa première exposition individuelle à la Galerie des Arts Visuels à Québec.
ETIENNE LAFRANCE
Etienne Lafrance est né à Saint-Mathias-sur-Richelieu. Il a complété un baccalauréat en peinture et dessin à l'Université Concordia de Montréal en 2007. Il a présenté son travail à Montréal, Puerto Rico, Mexico et Berlin. Il vit et travaille actuellement à Montréal.
MARC- ANTOINE K. PHANEUF
Marc-Antoine K. Phaneuf est artiste et auteur. Son travail artistique a récemment été présenté au Centre d’art Clark (exposition solo « Les petites annonces – Objets poétiques et design vernaculaire », 2009) et à la Galerie Leonard & Bina Ellen de l’Université Concordia (exposition collective Faux cadavre, 2009). Il a publié deux livres de poésie aux éditions Le Quartanier : Fashionably Tales, une épopée des plus brillants exploits en 2007 et Téléthons de la Grande Surface (inventaire catégorique) en 2008, pour lequel il a été en nomination pour le prix Émile-Nelligan 2009. En 2010, il a publié le Carrousel encyclopédique des grandes vérités de la vie moderne, livre d’artiste co-produit avec le designer graphique Jean-François Proulx. Il vit et travaille à Montréal.
Texte de Paul Brunet et André Laroche.
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