Mythologies 16 Mai - 15 Juin
Shuvinai Ashoona
Ted Barker
Colleen Heslin
Jean-François Leboeuf
Itee Pootoogook
La Galerie Laroche/Joncas est heureuse de présenter Mythologies, une exposition regroupant le travail de cinq artistes vivant au Manitoba, au Québec et au Nunavut. Regroupées, ces œuvres offrent un paysage visuel dans lequel on peut considérer à la fois la perpétuation du mythe et le processus créatif propre à l'art au sein d'une pratique contemporaine. C’est la production et le jumelage de la malléabilité du mythe et de la nature provisionnelle de la culture populaire qui se rencontrent dans les pratiques artistiques diverses et inventives.
Il y a déjà plusieurs années Roland Barthes a exprimé ses préoccupations à propos de la tendance de la société de consommation de vider les objets de leur histoire, leur conférant le statut de mythe beaucoup trop tôt tout en les émaciant de leur substance. Les grandes histoires du passé semblent aussi perdre de leur pouvoir et sont vidées de leur signification originale. Ils deviennent en quelque sorte des coquilles vides…
" Le mythe pour Barthes est un outil de l'idéologie, il réalise les croyances, dont la doxa est le système. Dans le discours : le mythe est un signe. Son signifié est un idéologème, son signifiant peut être n'importe quoi : « Chaque objet du monde peut passer d'une existence fermée, muette, à un état oral, ouvert à l'appropriation de la société. " (Barthes 1957 : 216) (1.)
Barthes s’est investi dans le projet de déconstruire et exposer les multiples mythes exploités par la culture populaire. Aujourd’hui, les artistes à leur tour, en utilisant des matériaux et une imagerie de la vie de tous les jours, intègrent la réalité et fiction, mélangent le passé avec le présent et déconstruisent et actualisent chacun la pratique ancestrale de raconter des histoires.
À la fois inspirée et nourrie de ‘débris junk culturels’ et du jubilant mélange qui en résulte, la pratique de l’artiste montréalais Jean-François Leboeuf utilise le dessin, la vidéo, l’installation, la performance et la photographie. Avec les dessins grand-format de sa série "Bâtards", dont une sélection est présentée dans Mythologies, l’artiste exhume à la fois des icônes et des représentations communes du ‘mauvais goût’ dans la culture populaire, les offrant en considération pour resignification. Comme pour tenter de repousser ou de subvertir l’esthétique kitsch que ces personnages évoquent habituellement, les personnages plus grands que nature sont rendus méticuleusement à la mine de plomb sur fond blanc. Cette simplicité formelle ouvre la voie à un réalisme surprenant et à une exploration visuelle détaillée de ses personnages.
Ted Barker vit et travaille à Winnipeg. Il partage avec Leboeuf maîtrise et virtuosité technique du dessin. Utilisant également le crayon fin qu’il combine avec l’aquarelle, l’artiste conjure des figures énigmatiques dans des paysages typiques des prairies Canadiennes. Ses sujets sont souvent habillés de costumes décorés de peaux d’animaux, on les voit porter des paquets de branches, pointer un fusil ou couvert d'une bâche. Le spectateur a le sentiment de se retrouver devant des portraits de personnages en état de survie qui se retrouvent isolés dans une nature sauvage qui s'étend à perte de vue. Leur solitude semble remplie de suggestions, incitant le spectateur à se questionner sur leur histoire particulière.
Basée à Montréal, l’artiste Colleen Heslin présente des compositions formalistes réalisées à partir de tissus que l’artiste teint elle-même ou bien qu’elle trouve. Présentés tendus sur des faux cadres qu’elle fabrique elle-même, ses oeuvres évoquent l’histoire de la peinture formaliste et sa persistante mythologie. En plus de sa préoccupation avec la matérialité et l'impact écologique de la réalisation de ses œuvres, l'artiste construit ses faux cadres avec du bois récupéré et elle utilise souvent des tissus trouvés. Suggèrant une certaine période, une tendance ou sous-culture, ses œuvres semblent en continuité avec l’approche esthétique ‘make do’ de Leboeuf et Barker. Le processus derrière ces œuvres perpétue l’élaboration d’une certaine histoire, celle des débris de notre société de consommation qui sont réutilisés pour raconter le moment présent.
Les artistes Inuit Shuvinai Ashoona et Itee Pootoogook, vivent tous les deux dans la riche communauté culturelle de Cape Dorset au Nunavut. Ils sont les héritiers et les innovateurs de leur riches traditions artistiques qu’ils ont réussis à propager internationalement. Le paysage nordique est le sujet favori par Itee Pootoogook. La couleur claire et brillante des ses œuvres ainsi qu’une solide composition formelle rappellent la tradition esthétique de l’art Inuit ainsi que l’environnement qui l’a vue naître.
Shuvinai Ashoona, la petite-fille du renommé artiste Pitseolak Ashoona, crée des compositions complexes et chargées composées de figures humaines, d'image de leur habitations évoquant une imagerie insolite ou bien cachée, elle utilise une gamme de couleurs large et inventive. La ligne entre la fiction et réalité devient floue, Ashoona combine sa vie intime avec celle de sa culture et de sa communauté. En la transposant sur papier, elle provoque le spectateur à repenser sa perception de l’art Inuit.
Les Mythologies conviennent très bien à la vie contemporaine et à son art. Étants malléables, elles peuvent s’adapter aux vicissitudes du temps et aux changements d'attitudes, de politiques et de perceptions. Le pouvoir de la création des mythes résident dans leur usage et leur retransmissions, dans l’échange qui prends place entre l’artiste et l’audience et dans leur interprétation qui est toujours en évolution.
(1.) Tiré de Wikipédia
Nathalie Zayne
Nous aimerions remercier la Galerie Elca London à Montréal qui a rendue possible la présentation du travail de Shuvinai Ashoona et de Itee Pootoogok pour cette exposition.
Ted Barker, 2013 Huile sur Panneau